Frank, Roubaix

October 12, 2016

 

Je me souviendrai toute ma vie du moment où j'ai pris connaissance des attentats du 11 septembre 2001. J'avais 16 ans et je rentrais de ma journée au lycée. En sortant du métro, pour me détendre j'ai mis Fun Radio sur mon walkman-radio lorsque j'ai entendu la voix de l'animateur Arthur en état de choc... Arrivé chez moi je me suis précipité sur la télévision et j'y suis resté scotché jusqu'au lendemain. Si je crois que chacun d'entre nous sait ce qu'il faisait ce jour-là, ce n'est rien comparé à ceux qui l'ont vécu sur place, et Frank fait parti de ces gens-là. Il vivait à New York et est une victime indirecte des attentats.

 

Suite à notre rencontre forte en émotion avec les migrants de Calais, on peine encore avec Julien à retrouver nos esprits quand arrivant à Roubaix nous faisons la rencontre de Frank, sans nous douter (comme d'habitude) de son histoire. Alors que les migrants fuyant la guerre en Syrie ou en Afrique font désormais quotidiennement les gros titres de l'actualité et la polémique depuis plusieurs mois, on peine à imaginer qu'un français ait pu fuir un pays comme les États-Unis, à cause d'attentats et d'une situation de guerre pour se retrouver dans le Nord...

 

Près de quinze ans après les attentats de New York, nous rencontrons ce jeune quadra qui vit tranquillement ici depuis cinq ans dans une atypique chaumière (c'est assez surprenant quand on n'en a jamais vu et spécialement en ville) avec sa femme et leurs 3 jeunes enfants (sans oublier les quelques chauve-souris qui ont trouvé confort et chaleur sous la chaume). Roubaix est connue dans nos esprits pour la vente par correspondance et les pavés de sa classique cycliste mais est également une des villes les plus pauvres de France, aux très grands écarts de niveau de vie et au brassage culturel et économique très important. Malgré le très fort taux de chômage dont souffre nombre de villes du Nord Pas de Calais, c'est le travail qui a mené le couple là-bas, Frank étant employé de banque

 

Originaire de Strasbourg, Frank a 23 ans quand, ayant en tête que si l'on veut progresser, il faut accepter de bouger il quitte l'Est de la France afin de prolonger ses études de l'autre côté de l'Atlantique. Non pas à New York ni en Californie mais au Wyoming dans les Rocheuses, à 2h de Denver et à 2500 mètres d'altitude. Il reste étudier un an avant de commencer à travailler dans le secteur bancaire Selon lui, trois à quatre années permettent de juger si l'on est fait pour vivre et s'installer dans un pays. Pour sa 3ème année il décroche un job à New York, le 1er septembre 2001, sa carrière est en train de décoller.

 

Dix jours plus tard, à 8h46 lorsque le premier avion s'écrase contre la face Nord de la tour Nord il sort du métro et à 1km du World Trade Center n'a rien entendu. C'est lorsqu'il monte dans l'ascenseur de son building qu'il se rend compte de la panique chez les gens : il y a eu un accident d'avion. La suite malheureusement vous ne l'avez pas oubliée : le choc, l'inimaginable, les tours qui s'effondrent dans un gigantesque nuage de poussière, l'horreur. La réalité pire que n'importe quel film hollywoodien.

Le lendemain, New York est une ville morte, Times Square est vide comme en témoignent des photos prise par Frank le 12 et totalement silencieux sauf lors des passages des avions de chasse dans le ciel de Manhattan. Les New Yorkais se terrent chez eux devant leur télévision, terrifiés à l'idée d'une guerre probable. Conséquence indirecte des attentats, l'économie post 11 septembre est en berne, il n'y a plus aucune activité. Frank est le dernier arrivé de sa boîte, il est de ce fait le premier à quitter son emploi.

 

Lui qui pensait, à 26 ans, faire sa vie confortablement aux États-Unis s'est retrouvé ainsi du jour au lendemain à rentrer en France pour retourner vivre chez ses parents.

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