Christophe, Paris

July 12, 2016

 

S'occuper des frites, ce n'est pas trop son truc... Et il a ce fantasme un peu spécial : faire les courses au supermarché à 14h en pleine semaine, quand il n'y a personne. Lui c'est Milio... enfin non c'est Christophe, 30... pardon, 49 ans. Vous entrez dans son établissement pour un panini au nutella, et vous en ressortez avec un sourire, c'est compris dans la formule.

"Milio" est le nom de l'ancien propriétaire, un israélo-espagnol retraité aujourd'hui. La sandwicherie ouverte en 1984 est située entre un parc, le lycée Claude Monet et la fac de Tolbiac. De par cette situation particulière, la clientèle y est relativement jeune alors que l'endroit est l'un des plus vieux commerces du quartier à présent. Christophe a commencé par fréquenter le lieu en temps que lycéen et client avant d'y travailler par intermittence entre 1987 et 1992 grâce à "son oeil artistique... utile pour faire des salades". C'est depuis 2001 qu'il est responsable du restaurant et par conséquent, il est un observateur privilégié de l'évolution des jeunes du quartier. Bien évidemment son regard évolue avec l'âge, comme chacun, mais il lui suffit de tendre l'oreille pour connaître la tendance.

Génération pré-SIDA, post-SIDA, ordinateur, téléphone portable, pré-internet et internet... Un constat selon lui, les jeunes semblent se droguer moins, spécialement en drogues dures (il se souvient de l'époque où la coke était sur toutes les lèvres), ils fument moins également mais boivent beaucoup plus, enfin ils paraissent plus timides sexuellement, un paradoxe quand le porno n'a jamais été aussi accessible. A un autre niveau il constate que le tiroir caisse n'est plus rempli des pièces rouges souvent utilisées par les enfants pour lui acheter des bonbons : selon Christophe, c'est une conséquence directe de la crise qui affecte les parents, eux qui habitent le quartier avec le plus de logements sociaux à Paris.

Dans les années 90, il y avait 100 places assises chez Milio, le restaurant occupait tout le bloc d'immeuble. Il y en a vingt trois à présent à cause de la concurrence croissante et désormais le lieu se veut plus intime, plus convivial et chaleureux à l'image de Christophe, une déco "soul funk" avec ses affiches vintage, son James Brown sur l'étagère, ses guitares et de très nombreuses photos de lycéens accrochées au mur.

Les clients viennent et reviennent, sur plusieurs générations, les parents sont rassurés par l'endroit, y envoient leur enfant sans crainte. Au vu du large réseau d'anciens de Claude Monet (acteurs, musiciens, architectes, publicitaires, etc...) qui gravite autour de lui, Milio, à travers Christophe, devient également en quelque sorte une "madeleine de Proust" pour les anciens.

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