Julien, Paris

July 11, 2016

 

A partir du moment où vous prenez la décision de vous ouvrir à l'autre, votre regard change, vous faites attention à des petits détails, des petites choses qui passaient totalement inaperçues auparavant, et qui « glissaient » devant vos yeux un peu blasés. Vous devenez alors un touriste dans votre propre quotidien, et tout, d'un seul coup, semble prendre une teinte nouvelle dans une ville que vous sembliez pourtant connaître par cœur.

 

Ainsi ma deuxième rencontre est une personne, pour ne pas dire un personnage que vous avez sans doute croisé un jour dans Paris, sans forcément y prêter plus d'attention que cela. Il se prénomme Julien... et c'est presque avec surprise et d'une voix particulièrement réservée qu'il répond à ma première question totalement concentré sur ce qu'il effectue avec ses deux baguettes sur lesquelles est rattachée une cordelette qu'il trempe délicatement dans une potion savamment dosée d'eau, de sucre, de glycérine et de liquide vaisselle.

 

Non, cet homme qui attire l'attention des passants par ses actions, cet homme d'une quarantaine d'années, à la corpulence pourtant assez imposante, au geste précis et sûr n'a pas vraiment l'habitude qu'on s’intéresse spécifiquement à sa personne ou bien qu'on lui demande son prénom, ce n'est pas lui le sujet et il n'en dira pas beaucoup plus d'ailleurs, sur l'endroit où il vit, s'il gagne suffisamment sa vie avec ce qu'il fait ou s'il a une famille, lui que vous pouvez croiser lorsque vous êtes de passage sur la place du Palais Royal et parfois dans d'autres lieux touristiques de la capitale.

 

Julien, c'est l'un de ces milliers d'artistes de rue qui, quotidiennement et ce depuis de nombreuses années créent des joies éphémères dans une ville grise et morose (pour ses habitants). Car oui autour de lui, ces gens (la plupart du temps des étrangers) qui s'attroupent, par dizaines souvent avec leur smartphone en mode « photo/vidéo » ont le sourire devant l'expression de son art : les bulles de savon géantes.

 

On imagine que c'est la raison du pourquoi. Que ces sourires sont la récompense de Julien et que chaque soir il s'endort tranquille et soulagé en ayant conscience du bienfait de son action, peut être. Faiseur de bulles, un jeu d'enfants, un art simple qui dépasse les frontières, une poésie d'un autre temps, un art de saltimbanque. On imagine facilement Julien en vieux clown, il en a déjà le physique, ne manque que le maquillage.

 

Il répond poliment "merci" lorsqu'on lui dépose une pièce dans son gobelet, il sourit lors qu'arrive tout d'un coup un groupe d'enfants. Il aime, cela va de soi, l'interaction avec eux, parce qu'ils comprennent la magie et c'est, dès lors, un amusant jeu à observer entre celui qui créé les bulles et ceux qui prennent plaisir à les détruire à peine envolées, ce qui le fait parfois pester ! Ah ces enfants...

 

Pourquoi sommes-nous si fascinés par les bulles ? Par leur destruction, enfant ; par leur longévité à l'âge adulte ? L'auteur de ces mots se souvient de cet après-midi à St Raphaël, il y a quelques semaines de cela, passé à jouer simplement avec des bulles de savon pour enfant. Est-ce donc la nostalgie de l'enfance ? Est-ce leur durée de vie si fragile et limitée ? Ou bien alors leur beauté pure? Est-ce donc l'espoir que nous portons dans chacune d'elles ? L'espoir qu'elles supporteront les aléas du vent et qu'elles perdurent pour toujours ?

 

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