Jean-Noël, Aubervilliers

July 11, 2016

Je suis né en France mais je suis d'origine cambodgienne par le biais de mes parents. Pendant près de vingt cinq ans je n'ai pas ressenti l'envie ni le besoin, ne serait-ce qu'une minute d'en connaître plus sur mon pays d'origine, à quoi bon ? Je suis français né en France, je n'ai jamais ressenti le racisme dans ma jeunesse, ni la différence qui se voit sur mon visage, je bois mon vin en mangeant mon saucisson et j'en suis particulièrement fier. Et puis un jour, vingt cinq ans après ma naissance, l'opportunité d'accompagner ma petite sœur, curieuse elle d'en savoir plus sur le pays de nos parents, s'est présentée. Et je l'ai saisie, non pas par envie mais simplement parce que je le pouvais, je ne travaillais plus et j'avais besoin de vacances. Ce n'est pas tant le Cambodge qui m'attirait, mais et je dois le reconnaître ici, l'escale à Hong Kong pour son aspect architectural et bien entendu, et parce que c'est mon métier : la photographie.

 

Alors j'y suis allé... et sans grande surprise (pour vous j'imagine), je suis tombé raide dingue de ce pays, un pays de sourires (je ne dirais pas «le» car je sais très bien qu'il en existe d'autres sur notre planète dans le genre, notamment en Afrique). Bien évidemment, un mois est un peu court pour juger réellement d'un pays mais le contraste avec Hong Kong fut terrible. Si le Cambodge semble un pays rêvé pour la culture et l'aspect humain, Hong Kong semble, à l'opposée, la définition même du cauchemar. La densité humaine extrême, l'empilement de boîtes de conserves comme habitat dans des gratte-ciels et la culture consumériste portée à son plus haut degré m'ont donné la nausée.

 

Je suis retourné au Cambodge quatre ans plus tard et quelques jours de plus à respirer l'air chaud brûlant ne m'ont que renforcé dans ma pensée. Rentré en France, rafraîchi et motivé avec cette idée en tête: sortir de ma bulle, rencontrer des français, échanger avec eux, combattre par ailleurs mon introversion et aller vers l'autre, autrui, celui que l'on ne connaît pas, l'inconnu, et apprendre un peu à le connaître.

 

Le premier fut donc Jean-Noël, 65 ans, rencontré sous l'Arche de la Défense début janvier alors qu'il servait de guide pour de la famille. Jean-Noël qui, tiens donc, comme s'il n'y avait pas de hasard, est un amoureux du Cambodge, curieux, ouvert et bavard, de quoi faciliter aussitôt l'échange !

 

A vrai dire, cet ancien normalien, originaire de St Emilion, devenu par la suite enseignant dans le 93, heureux retraité désormais, connaît bien mieux le pays des Khmers que moi et ce, à travers une demie-douzaine de voyages dans le Sud-Est asiatique, des relations qu'il a noué là-bas et qu'il entretient aujourd'hui par l'intermédiaire des réseaux sociaux. Dès lors, il fut intéressant de partager pendant quelques minutes nos expériences. S'il est un autre point que nous avons en commun, c'est celui d'apprécier le charme de la province cambodgienne où le temps semble s'écouler à vitesse bien plus lente que la « normale », à l'écoute de la nature et par opposition à la capitale (Phnom Penh) hyperactive et grouillante ou bien à Siem Reap, la ville du fameux temple d'Angkor, ultra touristique, et si «étrangère».

 

Le doux rêve qui est le mien: avoir du temps, parcourir les routes si sauvages et si accidentées à vélo et aller à la rencontre des souriants khmers, échanger avec eux, et cultiver mon jardin. Du temps, Jean-Noël en a, et il le met à profit pour voyager, pas uniquement au Cambodge mais à travers les cinq continents, un jour au Portugal, un autre en Grèce, et puis en Thaïlande et puis au Maroc, visitant ainsi presque un pays chaque mois sans oublier de faire un saut par-ci par là dans les belles régions françaises, en quête de trésors et d'histoires.

Jean-Noël est la parfaite rencontre pour lancer le projet. Un globe-trotteur qui prend le temps d'aller vers l'inconnu et qui ne perd pas son temps.

 

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